Mercredi 18 juin, l’ANEM organisait une conférence de presse sur l’accès aux soins dans les territoires de montagne. À cette occasion, Jean-Pierre Vigier, président de l’Association, a rappelé la nécessité de mesures d’accompagnement ou d’incitation efficientes et spécifiques en montagne du fait des caractéristiques géographiques particulières. Les zones de montagne sont également très touchées par le phénomène de désertification médicale.
En effet, les besoins sont importants car les conditions d’accès dans les massifs sont souvent complexes à certaines périodes de l’année, en raison des pics de saisonnalité ou de l’enneigement engendrant des difficultés de circulation, la fermeture de cols augmentant également les distances et les temps de parcours. Les professionnels, notamment les libéraux, parcourent parfois des trajets très longs pour prendre en charge une seule personne.
Ainsi en montagne, en moyenne, les temps d’accès aux différents professionnels de santé sont plus longs que sur le reste du territoire. Par exemple, le temps d’accès au généraliste libéral le plus proche est de 8,4 minutes (contre 6,2 minutes dans l’ensemble des intercommunalités de France), et il est de 11,8 minutes pour le dentiste libéral le plus proche (contre 8,6 minutes). Et il sera de façon plus flagrante encore de 36,3 minutes pour les services obstétriques (contre 27,3 minutes) et de 30,4 minutes pour les services d’urgences (contre 23,2 minutes).
Selon le massif, certains temps d’accès moyens aux services de santé explosent : dans les Pyrénées par exemple, le temps de trajet moyen d’accès à un service obstétrique est près de 30% supérieur à la moyenne déjà haute des zones de montagne (40,4 minutes en moyenne).


L’Acte II de la loi Montagne de 2016 prévoit des mesures pour lutter contre cette désertification médicale :
- l’adaptation des projets régionaux de santé et des schémas interrégionaux d’organisation des soins à la spécificité de la montagne ;
- la désignation d’un représentant du comité de massif au conseil territorial de santé afin de permettre une approche spécifique des besoins des populations en matière de santé en montagne ainsi que des caractéristiques démographiques, géographiques et saisonnières du territoire ;
- la possibilité pour les médecins retraités de poursuivre leur activité en montagne dans les zones sous-dotées, en contrepartie d’une exonération de cotisations sociales ;
- la possibilité d’exercer la médecine en montagne pour les étudiants n’ayant pas encore pu soutenir leur thèse.
Toutes les mesures n’ont pas été mise en œuvre. En effet, l’article 23 qui prévoyait, à titre expérimental et pour une durée maximale de trois ans, que le projet régional de santé s’attache à garantir aux populations un accès par voie terrestre à un service de médecine générale, à un service d’urgences médicales ainsi qu’à une maternité dans des délais raisonnables, n’a jamais vu le jour.
Plus récemment, pour continuer son combat contre la désertification médicale, l’ANEM a proposé d’autres mesures :
- Le maintien d’un réseau hospitalier de proximité, acteur pivot de l’accès aux soins sur un territoire, avec une maternité et un service de réanimation, pour conserver certaines spécialités chirurgicales du fait d’une population multipliée par cinq ou six l’hiver et/ou l’été, d’activités sportives à risques, de l’exposition à des intempéries et à des catastrophes naturelles, tous ces éléments exigeant une limitation du temps de transport.
- Garantir la majoration de la prise en charge des indemnités kilométriques des professionnels de santé qui ne sont pas installés en zone de montagne et qui pratiquent des soins dans une commune classée montagne. Sur cette proposition, Yannick Neuder, ministre délégué chargée de la Santé et de l’Accès aux soins, nous a indiqué dans un courrier du 21 mai 2025 qu’une nouvelle majoration des frais de déplacements, valorisés de 15 euros, sera mise en place au 1er janvier 2026 pour la prise en charge des patients en montagne.
- Concernant la gouvernance, il faut la présence d’un représentant d’une collectivité ou d’un groupement de collectivités des zones de montagne au sein du conseil d’administration des ARS (agences régionales de santé) afin de s’assurer de la prise en compte des spécificités des territoires de montagne dans l’élaboration des grandes orientations de la politique contractuelle de l’agence.
- Développer la mise en place de communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) à l’échelle du bassin de vie, qui est le territoire d’action et de proximité, là où il n’y en a pas.
- Soutenir toutes les initiatives permettant un accueil favorable aux étudiants dans le domaine de la santé et communiquer pour présenter la spécificité de la pratique de la médecine dans les cabinets des stations de montagne (exemple des Médicobus).
- Généraliser l’installation d’un guichet unique départemental d’accompagnement à l’installation des professionnels de santé.
- Développer et pérenniser les cabinets de montagne.
Pour consulter le dossier de presse complet : dossier presse santé montagne





