Alerte sur les conditions d’exercice des médecins de montagne

L’ANEM a été alertée par l’Association des médecins de montagne sur les conséquences de la nouvelle convention médicale, signée le 4 juin dernier par cinq syndicats représentatifs des médecins libéraux, sur l’activité des médecins de montagne.

Cette nouvelle convention médicale, qui entrera en vigueur au 1er janvier 2025, ne tient nullement compte de la spécificité des territoires de montagne, tout particulièrement dans l’exercice de la médecine. Certains éléments de la convention médicale sont inadaptés à la pratique spécifique des cabinets de montagne.

En effet, les médecins généralistes exercent dans des zones de montagne éloignées, à forte affluence touristique et saisonnière ; une médecine de premiers secours qui allie la prise en charge des urgences et de la traumatologie ainsi qu’une médecine générale à l’année. Ces médecins assurent un maillage médical dans les territoires de montagne potentiellement critiques car isolés et éloignés des centres hospitaliers.

Les médecins de montagne accueillent dans les meilleures conditions un grand flux de patientèle touristique et de traumatisés de façon non programmée chaque année (entre 120 000 et 140 000 accidents pour les 8 millions d’usagers des pistes chaque hiver).

Pour rappel, près de 95% des traumatisés des sports d’hiver sont pris en charge entièrement par les cabinets de montagne, ouverts 7 jours sur 7 pendant toute la saison, épargnant ainsi les transports sanitaires et les urgences hospitalières déjà sous tension.

Or, avec la nouvelle convention médicale, il ne sera plus possible pour les médecins de montagne d’utiliser le YYYY010 (traitement de premier recours de cas) sans régulation préalable au centre 15 pour tout usage d’antalgiques par voie veineuse (par exemple la morphine), pourtant cela reste très utile afin de soigner les patients traumatisés sévères (ex : fracture de la jambe). Cet appel au centre 15 est totalement inadapté au fonctionnement d’un cabinet et risque de surcharger inutilement les médecins régulateurs.

Par ailleurs, la nouvelle convention médicale prévoit aussi la suppression de la cotation « jour férié » hors permanence des soins ambulatoires (PDSA). En pleine saison, ces jours fériés et dimanches ne pourront pas fonctionner uniquement sur les médecins de garde de secteur. Un seul médecin ne pourra pas répondre aux demandes de soins non programmés et d’urgences de correspondants SAMU en période de forte fréquentation touristique (saison d’hiver, week-end et jours fériés).

Il est donc inéquitable qu’un seul médecin puisse coter une majoration quand d’autres concourent de manière justifiée au même moment à des soins effectués en PDSA. Le risque est de constater une démobilisation des médecins, qui pourrait entraîner des fermetures et donc un afflux de patients vers les hôpitaux de proximité dans les vallées (eux-mêmes en configuration « dimanche et jours fériés »).

En outre, il n’existe toujours pas de valorisation possible pour la prise en charge des actes « d’urgence » et de « traumatologie » sur demande du centre 15 alors que cela a été rendu possible pour la prise en charge de motifs médicaux qui tolèrent d’être vus dans les 48h.

La prise en compte des spécificités d’exercice de la médecine, liées aux contraintes géographiques, climatiques et saisonnières, est essentielle afin que l’ensemble des acteurs de la santé, mais aussi les services des pistes et les mairies de stations puissent s’organiser au mieux afin d’assurer la sécurité des concitoyens.

L’ANEM soutient l’Association des médecins de montagne pour qu’une solution adaptée soit rapidement prise.