Interview : Juliette Lallemand Victor, présidente de la Fédération française des Télécoms

Dans les territoires de montagne, la connectivité est une condition essentielle du développement. Face à des contraintes géographiques et climatiques fortes, les opérateurs télécoms jouent un rôle clé pour réduire la fracture numérique et accompagner les élus dans l’aménagement du territoire. Dans le dernier numéro de Pour la montagne (PLM), Juliette Lallemand Victor, présidente de la Fédération française des Télécoms (FFT), revient  sur les avancées récentes, les partenariats à l’œuvre et les défis à relever pour garantir une couverture numérique à la hauteur des enjeux économiques, touristiques et sociaux de ces territoires.

PLM : Les territoires de montagne ont longtemps été confrontés à des difficultés de connectivité. Quel rôle jouent aujourd’hui les opérateurs pour réduire cette fracture numérique ?

Juliette Lallemand Victor : Les opérateurs sont pleinement engagés dans l’aménagement numérique du territoire. La FFT représente des acteurs qui investissent massivement (113 milliards d’euros depuis dix ans) dans les réseaux fixes et mobiles afin que chaque territoire puisse bénéficier des mêmes opportunités numériques. En montagne, les contraintes sont fortes : relief, altitude, conditions climatiques, variations importantes de population en fonction des saisons ou encore habitat dispersé rendent les déploiements plus complexes et plus coûteux. Pourtant, ces territoires ont tout autant besoin d’une connectivité performante pour soutenir l’activité économique, les services publics ou encore l’attractivité touristique. C’est la raison pour laquelle les opérateurs travaillent étroitement avec les élus locaux afin d’identifier les besoins et de déployer les infrastructures là où elles sont utiles. La connectivité est devenue un levier essentiel de développement territorial. Les réseaux télécoms contribuent ainsi directement à la vitalité et à l’avenir des territoires de montagne.

PLM : Le partenariat avec les élus est présenté comme déterminant pour améliorer la couverture mobile. Comment se concrétise-t-il ?

J. L.V. : Le dialogue avec les élus est en effet au cœur de la réussite des politiques de déploiement. L’un des exemples les plus marquants est le New Deal mobile, conclu entre l’État, les collectivités, le régulateur et les opérateurs. Cette démarche a profondément renouvelé la manière de travailler : plutôt que de s’appuyer uniquement sur des obligations réglementaires, elle repose sur une logique de partenariat et de coconstruction. Les élus ont joué un rôle clé pour la prise en compte de la spécificité montagne comme critère essentiel à l’attribution des dotations départementales en nombre de sites dans le cadre du dispositif de couverture ciblée. Cette coopération a permis des résultats très concrets. Grâce à l’introduction d’un critère spécifique pour les territoires de montagne dans le New Deal mobile, ces départements bénéficient aujourd’hui de 1 368 nouveaux sites mobiles (chiffre au 3e trimestre 2025), améliorant significativement la couverture mobile 4G dans des zones qui étaient auparavant mal connectées.

PLM : Quels sont les enjeux pour les prochaines années afin de poursuivre cet aménagement numérique des territoires de montagne ?
J. L.V. : Les progrès sont réels mais il reste encore des défis à relever. L’un des enjeux majeurs consiste à maintenir un cadre stable et incitatif pour l’investissement, afin de tenir compte des contraintes particulières de ces territoires. À ce titre, les opérateurs souhaitent notamment que soit maintenue l’exonération d’IFER mobile appliquée aux antennes construites en zone de montagne entre 2017 et 2020, qui a permis d’accélérer fortement les déploiements et a été intégrée dans les modèles économiques des investissements réalisés. Remettre en cause ce dispositif fragiliserait la confiance nécessaire pour poursuivre les efforts d’aménagement numérique dans ces territoires. La perspective des Jeux olympiques Alpes 2030 rappelle aussi l’importance d’infrastructures numériques robustes, capables de répondre aux besoins des habitants, des entreprises et des visiteurs. Plus largement, l’objectif reste le même : faire du numérique un véritable levier d’équilibre et d’attractivité pour les territoires de montagne. Les opérateurs souhaitent continuer à renforcer l’attractivité, la résilience et le dynamisme des territoires de montagne.

Pour consultez le dossier complet du dernier PLM : Dossier numérique PLM_380_avril_2026