Filière lait de montagne : la signature d’une convention pour préserver un modèle agricole stratégique

Face au décrochage préoccupant de la production et de la transformation laitières en zone de montagne, l’ANEM (Association nationale des élus de la montagne) et le Cniel, l’interprofession laitière, ont signé mardi 24 février, au Salon International de l’Agriculture, une convention de partenariat visant à unir leurs forces afin de renforcer la visibilité des territoires de montagne et d’évoquer les principaux enjeux ainsi que les solutions pour bâtir la pérennité de la filière lait de montagne.

Cette convention s’accompagne de la publication d’un plaidoyer, porté par le Cniel, destiné à alimenter les réflexions de l’Association autour d’un Acte III Montagne ainsi qu’à interpeller les pouvoirs publics sur l’urgence d’un engagement politique à la hauteur des enjeux.

Un état des lieux alarmant de la filière lait de montagne

La filière lait de montagne traverse une crise structurelle profonde, malgré un potentiel productif remarquable. Depuis 2014, la collecte a reculé d’environ 10 % (contre 6 % en plaine), avec des baisses dépassant 50 % dans certains massifs. En 2024, alors que la production repartait en plaine, la montagne restait à son plus bas niveau historique. En cause : des surcoûts persistants en montagne — près de 100 euros supplémentaires pour 1 000 litres produits — aggravés par des contraintes naturelles (le relief, l’enclavement et la dispersion des exploitations) et des aides publiques insuffisamment revalorisées.

Conséquence directe : la filière laitière de montagne, qui représente encore près de 10 000 fermes et 55 000 emplois directs et indirects, est confrontée à un plan social silencieux, avec un risque réel de disparition d’exploitations et d’outils de transformation. Au-delà de l’économie, c’est aussi l’équilibre environnemental et paysager des territoires de montagne qui est menacé.

Face à l’urgence, une mobilisation collective pour une responsabilité partagée

Dans ce contexte, la convention signée marque la volonté des acteurs de la filière et les élus de la montagne de structurer une action collective durable. Elle fixe un cadre de coopération autour de plusieurs priorités :
– Alerter les autorités nationales sur la situation économique, sociale et environnementale des zones de montagne.
– Renforcer la connaissance des atouts majeurs de la filière laitière sur l’économie générale de la montagne, particulièrement auprès de ses élus.
– Créer un espace de dialogue institutionnel sur les enjeux en montagne afin de porter des solutions communes durables.
– Partager l’expertise de l’interprofession laitière avec les décideurs publics.
En somme, cette convention vise à réunir les conditions nécessaires à la pérennité de l’activité laitière, pilier du développement économique et social des territoires de montagne, et à en partager les principales forces auprès du principal concerné : l’élu local de montagne.

Un plaidoyer pour une politique publique à la hauteur des enjeux

Adossé à la convention, le plaidoyer pour la filière lait de montagne rappelle un message central : le maintien de l’activité laitière en montagne n’est pas un coût mais un investissement pour l’avenir des territoires.

La filière appelle notamment à :
– la mise en oeuvre d’une véritable politique publique dédiée à la montagne,
– un cadre fiscal et réglementaire spécifique, tenant compte des handicaps naturels,
– un soutien renforcé à l’investissement productif dans les exploitations et les sites de transformation,
– une meilleure reconnaissance de la mention « Produit de montagne », notamment dans la restauration collective,
– un appui accru à l’innovation et à l’attractivité des métiers du lait en zone de montagne.

Sans une action rapide, la poursuite des tendances actuelles pourrait entraîner, d’ici 2030, la perte de plusieurs milliers d’emplois et de dizaines de milliers d’hectares de prairies, ainsi qu’un affaiblissement durable de la souveraineté laitière française.

« Par cette convention et ce plaidoyer, les signataires affirment leur volonté de faire reconnaître la montagne comme un territoire de production à part entière, porteur d’un modèle agricole familial, durable et créateur de valeur. La filière lait de montagne ne demande pas un traitement d’exception, mais la juste reconnaissance de ses contraintes et de ses contributions à l’économie, à l’environnement et à la cohésion territoriale de la France. » – Pascal Le Brun, président du Cniel

« En zone de montagne, nous portons une agriculture vertueuse, un entretien vivant des territoires et des produits d’exception qui méritent d’être reconnus et valorisés. Il est urgent de comprendre que soutenir le lait de montagne, c’est soutenir l’économie locale, la biodiversité et l’avenir de nos fermes. » – Stéphane Joandel, président du Groupe de travail Montagne (Cniel)

« La filière laitière est un pilier vital des territoires de montagne : elle maintient l’emploi, l’activité économique et l’équilibre des paysages. Son déclin ferait courir un risque majeur d’archipellisation, en déconnectant durablement ces territoires du reste du pays. Préserver le lait de montagne, c’est refuser une France à deux vitesses et garantir l’avenir de territoires vivants et productifs. » – Jean-Pierre Vigier, député de Haute-Loire et président de l’ANEM

Prochain événement 

Le CNIEL est partenaire de l’organisation des Rencontres des Produits de Montagne, organisées par l’Association Altitude, le vendredi 27 mars, de 10h à 13h, sur le campus agronomique de VetAgro Sup à Lempdes (63).

Les élus de montagne sont invités à participer à cet événement qui rassemblera l’ensemble des acteurs agricoles et agro-alimentaires des zones de montagne françaises.

Pour plus d’information : Invitation Rencontres produits de Montagnes V3

 

Contacts presse

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