L’ANEM au Sommet de l’élevage

Jean-Pierre VIGIER, député de la Haute-Loire et vice-président de l’ANEM, a présenté au Sommet de l’élevage les conclusions du rapport d’information remis à la commission des affaires économiques de l’Assemblée national, dont il est rapporteur avec Pascale Boyer, Députée des Hautes-Alpes et secrétaire générale de l’ANEM, sur la production laitière en zone de montagne lors de la conférence « Quelles propositions pour pérenniser le lait en montagne ? » organisée par le CNIEL.

Au côté de Damien Lacombe, Vice-Président du CNIEL et Président de Sodiaal, Jean Michel Javelle, éleveur Sodiaal et Président du CRIEL Alpes Massif Central, Didier Thuaire, Directeur de la Société Fromagère du Livradois (SFL), Dominique Barrau, Président de l’Association des producteurs de lait de Montagne et de la marque Montlait, Stéphane Joandel, éleveur et responsable du dossier lait à la FRDSEA Auvergne Rhône Alpes et Michel Lacoste, Président du CNAOL, Jean-Pierre Vigier a débattu sur les actions à mener pour maintenir une filière lait en zone de montagne.

L’avenir de la filière lait de montagne n’est pas un enjeu secondaire. La collecte dans ces zones s’élevait en 2020 à 5 milliards de litres de lait de vache, de brebis et de chèvre, soit environ 20 % de la collecte de lait sur le territoire national, ce qui est loin d’être anecdotique. Mais surtout, ce secteur joue un rôle majeur dans la vie de nos territoires :

– la filière est particulièrement pourvoyeuse d’emplois, du fait des conditions spécifiques de production, et génère au total, 65 000 emplois directs et indirects, en incluant l’amont comme l’aval de la filière. Dans des territoires ruraux et reculés, ces emplois sont particulièrement nécessaires ;

– elle apporte une réponse forte aux attentes des consommateurs, avec des élevages vertueux, extensifs, souvent en plein air et respectueux du bien-être animal ;

– elle rend de nombreux services écosystémiques ;

– elle entretient des liens étroits avec les autres secteurs de l’économie, notamment le tourisme, et permet le maintien de paysages ouverts, grâce aux pâturages. Sans pastoralisme, c’est l’apparence même de nos montagnes et leur accessibilité, hiver comme été, pour les riverains, les randonneurs comme les skieurs, qui seraient mises à mal.

La qualité des produits issus de la filière est connue de tous : les travaux scientifiques soulignent que l’élevage à l’herbe confère aux produits laitiers des caractéristiques spécifiques et une qualité supérieure. Il suffit, enfin, d’évoquer certains fromages, comme le Banon, dans les Hautes-Alpes, ou le fromage aux artisous en Haute-Loire, le Beaufort en Savoie ou le Brocciu en Corse, pour mesurer combien la question de la filière « lait de montagne » met en jeu une partie de notre histoire et de notre patrimoine gastronomique.

Or, la filière « lait de montagne » et plus particulièrement la filière « hors AOP » est aujourd’hui réellement menacée.  Toutefois, la filière sous « signe de qualité et d’origine » (SIQO), en particulier la filière AOP, ne peut pas être totalement dissociée de la filière hors SIQO : elle est dépendante du maintien des collectes de lait, qui dépend elle-même de la densité des exploitations, tout comme les services à l’élevage, susceptibles de disparaître si la déprise se poursuit.

Plusieurs facteurs expliquent ces difficultés :

– l’insuffisante valorisation du lait, d’abord, qui est mis en concurrence avec la production de la plaine, dont les conditions de production sont très différentes ;

– les surcoûts au stade de la production, qui résultent des handicaps naturels, et qui sont estimés, par exemple, à + 130 € les mille litres dans le Massif central ;

– les surcoûts sont également très importants au stade de la collecte, pour les transformateurs. Ils résultent d’une densité laitière plus faible au kilomètre ; de conditions routières plus précaires du fait du relief et de la météo et de la nécessité, dans bien des cas, d’utiliser un matériel spécifique, par exemple, des camions de plus petite taille et de plus faible contenance. Ces surcoûts sont estimés à 10 à 15 €/1 000 litres entre régions de plaine et de montagne. Dans certaines zones de montagne particulièrement difficiles, ces surcoûts peuvent atteindre 45 € à 50 €/1 000 litres ;

– par ailleurs, la filière est confrontée à un manque d’attractivité aussi bien au niveau de la production que de la transformation. Le renouvellement des générations est donc très difficile, tant sur les exploitations que dans les fromageries : les métiers sont réputés pour leur pénibilité et  l’environnement général en montagne peut être perçu comme peu attractif.

Nous sommes donc face à une filière essentielle à la vie des territoires de montagne, qui répond aux attentes contemporaines des consommateurs, mais qui se trouve en péril et confrontée à des difficultés d’ampleur.

Pour éviter un point de non-retour, il est essentiel, pour les pouvoirs publics, d’agir vite et d’apporter au secteur une aide durable. Ce soutien des pouvoirs publics doit permettre, à moyen et long terme, à la filière de s’organiser pour mieux valoriser le lait.

Les rapporteurs de la mission d’information ont formulé 13 propositions autour de 3 axes :

  • A court terme, il faut créer un cadre fiscal et réglementaire adapté et renforcer les aides publiques aux investissements
  • A moyen et à long terme, l’enjeu majeur est celui de la valorisation du lait de montagne hors AOP
  • Enfin, il faut renforcer l’attractivité des métiers de la filière laitière de montagne.

Le rapport est disponible sur le site de l’Assemblée nationale : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/cion-eco/l15b4392_rapport-information

 

 

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