Audition de l’ANEM sur le coût des grands prédateurs

Le 15 décembre dernier, Émilie Bonnivard, députée de la Savoie, membre de la commission des finances de l’Assemblée nationale, rapporteure d’une mission d’information sur « les conséquences financières et budgétaires de la présence des grands prédateurs sur le territoire national », auditionnait l’ANEM, représentée par sa présidente, Jeanine Dubié.

Les échanges ont plus particulièrement porté sur la présence de l’ours dans les Pyrénées, dont les attaques augmentent en raison d’une population d’ours de plus en plus élevée sur ce territoire. En 2020, le total des indemnisations s’élevait à 583 537 euros. Jeanine Dubié a rappelé les propositions de l’Association issues du groupe de travail agriculture et pastoralisme, notamment la nécessité de revoir le protocole « ours à problèmes » afin de permettre à la procédure engagée de se prolonger au-delà de l’année de constatation des attaques répétées par un même individu sur un cheptel domestique.

Concernant le coût de la présence du loup dans les massifs, selon les chiffres présentés au Groupe national loup, les effectifs estimés sont actuellement de 624 individus à la sortie de l’hiver 2020-2021, contre 580 en  2019-2020,  répartis sur tous les massifs à l’exception de ceux de Corse. Les troupeaux ont subi 3 730 attaques en 2020, entraînant la prédation de 11 849 animaux et 3,96 millions d’euros d’indemnisation. 36 départements sont ainsi concernés.

La politique de l’État en la matière atteint ses limites notamment du fait de l’épuisement des éleveurs, de la lourdeur du coût des mesures de protection des troupeaux, de la multiplication des incidents entre chiens de troupeaux et randonneurs, et de la menace du retour à l’ensauvagement des prairies d’altitude suite à l’abandon de leur entretien par les éleveurs alpagistes.

Les propositions défendues par l’ANEM face à la croissance des attaques du loup sont les suivantes :

  • Permettre une meilleure reconnaissance de la prédation en redéfinissant les conditions d’accès aux cercles de protection 0 et 1, notamment au regard du nombre d’attaques et de la période pendant laquelle elles ont eu lieu.
  • Expérimenter une concertation dans la fixation des mesures de protection en donnant aux éleveurs la possibilité de déterminer, en concertation avec les services de l’État, les mesures de protection de leur troupeau les plus adaptées à la situation et, le cas échéant, d’en expérimenter de nouvelles. Une convention fixera le montant du financement accordé aux éleveurs.
  • Revoir les modalités de financement des diagnostics de vulnérabilité afin d’éviter aux éleveurs d’avancer les fonds pour le lancement de ces diagnostics et d’intégrer dans leur revenu imposable les financements perçus a posteriori par l’État.
  • Mobiliser de nouveaux moyens pour financer les mesures de protection en ouvrant des crédits au titre de l’environnement, et non plus seulement au titre de l’agriculture.
  • Maintenir les enveloppes budgétaires consacrées aux mesures de protection et faire évoluer leur trajectoire en fonction des besoins et du niveau de prédation.
  • Demander une étude de viabilité de l’espèce lupine tant au niveau national qu’européen afin d’ajuster les autorisations européennes pour la France de prélèvements annuels de loups.

 

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